13 février 2010-LDGL
UVIRA Le Centre pour l’Education, Animation et Défense des Droits de l’Homme, CEADHO, une Asbl basée à Uvira en RD Congo a rendu public un rapport circonstanciel, ce 12 février 2010, sur la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire à Bijombo, dans les moyens plateaux d’Uvira, après des affrontements entre les combattants de FRF de Bisogo et les FARDC de l’opération Amani Leo.
Bijombo, chef-lieu du Groupement portant le même nom est une collectivité chefferie des Bavira en Territoire d’Uvira, situé à plus ou moins 65km de la ville d’Uvira à l’Ouest dans la partie montagneuse. Il compte 24 localités et plus de 30024 habitants selon le rapport.
Des combats intenses entre combattants des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) de l’opération « Amani Leo » et les Forces Républicaines Fédéralistes (FRF) du groupe Bisogo ont eu lieu à Bijombo du 1 er au 7 février 2010.
Les axes du Groupement de Bijombo dont, Bijombo, Mashure, Rusuku, Kahuna-Murambi, Ishenge I et Ishenge II et d’autres localités du Territoire de Fizi ont été touchés par les combats. Les affrontements se sont également étendus à Kalingi, Irundu, Minembwe, Kanguli, Lusuku, Mwangulube sans oublier aussi une partie du Territoire de Mwenga qui aurait été également touchée à Kipupu et à Kiseke pendant les 7 jours.
Le CEADHO constate que cette opération, qui visait officiellement les groupes armés pour établir l’ordre et la sécurité dans toutes les parties sous contrôle des groupes armés, s’est plutôt retournée contre la population civile sous forme de règlements de comptes, d’actes de représailles, d’arrestations arbitraires suivies de cas de torture pour tout suspect de part et d’autre, de pillages et d’enlèvements ou disparitions forcées etc.
Le cas le plus illustratif est celui d’un nommé Bihanga du village Kateja qui aurait été victime d’un pillage de ses 40 vaches dans la nuit du 07 à la veille du 08 Février 2010. En fuyant, d’autres populations ont abandonné tous leurs biens et son abandonnées à leur triste sort dans les villages d’accueil. En effet, certains déplacés ont bénéficié de la solidarité familiale ou d’une assistance des religieux pour trouver un logement. Mais la plupart des déplacés passent la nuit à la belle étoile ou dans les écoles où ils sont obligés de se réveiller tôt le matin pour laisser la place aux écoliers et élèves. Ils restent exposés aux intempéries surtout, les pluies devenues abondantes dans toute la partie montagneuse.
Le tableau suivant, établi par les offices de l’administration locale, présente les effectifs des déplacés
|
NO
|
Villages
ou localités d’accueil |
Nombre de personnes déplacées
|
Hommes |
Femmes |
| 01 |
Kyakira |
539 |
798 |
| 02 |
Kabara |
1470 |
830 |
| 03 |
Bijabo |
305 |
173 |
| 04 |
Bilalo II et Mikenge |
1267 |
2083 |
| 05 |
Mikalati |
631 |
1149 |
| 06 |
Kamombo |
315 |
800 |
| 07 |
Kitasha |
523 |
1777 |
| 08 |
Kangwe |
395 |
524 |
| 09 |
Kanihura |
350 |
1000 |
| |
TOTAL |
5795 |
9134 |
Le CEADHO considère que la situation est préoccupante car elle continue à se détériorer. Les déplacés ne sont pas pris en charge et leur statut de personnes à catégorie vulnérable est totalement bafoué conclut-il.
Le CEADHO prévient également que si le monde politique congolais et surtout les autorités militaires des FARDC ne tiennent pas compte des violations des droits humains lors des opérations contre les groupes armés, la situation risque de dégénérer davantage dans tous les axes où la population prise entre deux feux, pourrait recourir à l’autodéfense populaire, ce qui constituerait un danger public permanent dans une région à forte turbulence et qui a connu des abus et des guerres sans précédents.
C’est la raison pour laquelle le CEADHO recommande au Gouvernement congolais de prendre de mesures susceptibles de protéger la population civile et leurs biens conformément aux normes internationales des droits de l’homme et du droit international humanitaire, avant de déclencher une quelconque opération militaire dans les zones ciblées.