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De Lusaka à Prétoria
De
Lusaka à Prétoria. Que d'embûches? Aujourd'hui,
l'Accord inclusif et global réclamé à cor
et à cri par les parties en conflit congolais est facilement
là. Reste à l'appliquer. Dès lors, la maturité
des acteurs politiques congolais est mise à rude épreuve.
Wait and see !
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Placide
Senghi Senghi |
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Première étape
L’an 2002 aura
été pour les Congolais celui de beaucoup d’incertitudes,
quant à l’issue heureuse des négociations
de paix amorcées depuis 2000.
L’Accord de
cessez-le-feu de Lusaka, signé en juillet et août
1999 entre le gouvernement et les rébellions armées
avait institué un chapitre consacré au dialogue
politique entre les Congolais pour mettre fin à la guerre.
L’une des parties
signataires dudit accord, en qualité de témoin,
l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA),
devenue par la suite l’Union Africaine (UA), avait alors
désigné quelques semaines plus tard un facilitateur
du dialogue. Le choix fut porté sur l’ancien président
botswanais, Sir Ketumile Masire.
Celui-ci eut du mal
à lancer la machine, confronté pour la première
fois aux réalités originales du Congo.
Contestations et
doutes sur sa neutralité fusèrent de toutes les
parties au conflit. Le gouvernement haussera le ton plus que
les autres belligérants, et décidera la fermeture
pure et simple du Bureau de la facilitation fonctionnant à
Kinshasa, avant de se débarrasser de Masire.
A la mort de Kabila-père,
le 16 janvier 2001, un nouveau vent diplomatique se mit à
souffler de Kinshasa. Son successeur de fils décida de
briser l’isolement dans lequel le père avait placé
le pays.
L’UA et l’ONU,
l’Organisation des Nations Unies, reprirent contact avec
Kabila-fils pour relancer le dialogue politique entre les protagonistes
congolais. Accord de Joseph Kabila. Sir Ketumile Masire dût
à nouveau regagner la capitale congolaise et y rouvrir
son Bureau.
Des navettes furent
organisées par le facilitateur entre Kinshasa et Goma,
puis Kinshasa et Gbadolite, enfin Kinshasa et Beni, ou Bunia,
villes où se trouvent installés les Quartiers
Généraux des rébellions.
Comme résultat
de ces navettes, une première date et une ville furent
retenues pour rassembler les acteurs politiques congolais, gouvernement,
rébellions, société civile / forces vives
et opposition non armée.
Gaborone, au Botswana,
fut le premier rendez-vous des Congolais avec l’histoire,
en août 2001. Une délégation de quinze personnes
par composante se réunit ainsi dans la belle capitale
du pays des Tswana pour jeter les bases des futures négociations
politiques intercongolais.
L’ambiance
des retrouvailles est si bon enfant que tous les participants
se mettent à rêver à une rapide fin de la
guerre. Un pacte y est même élaboré et signé,
le « Pacte de Gaborone » qui consacre la fin de
la guerre médiatique, le code de bonne conduite entre
les belligérants et la libre circulation des personnes
et de leurs biens de part et d’autre des lignes de front.
*
Deuxièmes étape
Un autre rendez-vous
ferme pour le dialogue proprement dit est pris pour le 15 octobre
2001 à Addis-Abeba, la capitale de la toute nouvelle
Union Africaine.
Le choix de cette
ville est symbolique. Tout porte à croire qu’elle
verra se réaliser le retour de l’Unité congolaise
disparue depuis août 1998.
A la date
convenue, toutes les délégations sont à
Addis-Abeba, toujours sous la formule de « format réduit
». Contrairement à l’ambiance vécue
à Gaborone, ici, les délégués du
gouvernement et ceux des rébellions se regardent en chiens
de faïence. Il y a de quoi : Dans la perspective du renouvellement
de l’ordre politique et du partage des responsabilités
pendant la transition, à l’ordre du jour, les uns
ont la hantise de perdre leurs fauteuils convoités par
les autres.
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| Débordé,
Sir Ket Masire ne parvient pas à convaincre la délégation
du gouvernement. Celle-ci, agacée par l’insistance
de la facilitation et des autres composantes décide de
reprendre l’avion quarante-huit heures après les
débuts des travaux, et retourne de nuit à Kinshasa.
Surprise désagréable le lendemain matin dans la
salle. Les travaux sont ajournés sine die, faute d’une
composante absente. La
nouvelle année démarre en RDCongo, comme la précédente,
sur un drame. Le volcan Nyiragongo décide, le 17 janvier
2002, de se réveiller de son long sommeil de 25 ans pour
visiter le tiers de la ville de Goma en calcifiant tout sur son
passage.Le pays reste divisé. Et le désespoir est
profond.
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Sun
City: Des femmes congolaises protestent contre la lenteur des
travaux |
| Comprenant
la lassitude du Congolais moyen, Sir Masire revient à la
charge et propose un autre lieu et une autre date de rencontre
aux protagonistes.
Sun City,
Afrique du Sud, le 25 février 2002. Il semble que, cette
fois-ci, toutes les chances sont réunies pour un démarrage
définitif.
L’Occident
a réussi à décrocher des rébellions
l’acceptation pour Joseph Kabila comme président
de la République pendant la transition précédant
les élections.
La cité sud-africaine du soleil va accueillir ainsi pour
45 jours les délégués de toutes les composantes.
Les travaux ont comme du plomb dans l’aile. Tantôt
pour des motifs protocolaires, tantôt pour des violations
de cessez-le-feu sur les terrains de combats. Tout est prétexte
pour se faire prier. Ket Masire a fort à faire. La diplomatie
est mise à rude épreuve.
Le 15 mars
2002, enfin, est donné le véritable coup d’envoi
des négociations politiques entre Congolais devant déboucher
sur un nouvel ordre politique, un partage équilibré
du pouvoir, la réconciliation nationale et l’élaboration
d’une constitution devant régir la transition.
Mais à
quelques heures de l’échéance fixée
par la facilitation et le pays hôte, les discussions achoppent
une nouvelle fois sur deux points importants où les négociateurs
ne sont pas prêts de se mettre d’accord : la formation
de l’armée nationale et le partage du pouvoir.
Des formules
sont élaborées dans le bureau de la facilitation
et dans celui du président du pays hôte et proposées
aux délégués des différentes composantes.
Un président
et trois Premiers ministres. Un président et deux vice-présidents
et Un Premier ministre. Aucune des formules ne rencontre l’assentiment
général. Le découragement est à son
comble.
Le 17 avril
2002, encore un coup de théâtre. Pendant que la situation
semblait être totalement sans issue, et que les laboratoires
spécialisés tentaient de trouver la formule magique
susceptible de contenter toutes les parties, un groupe de délégués
se réunissait nuitamment dans un des hôtels mis à
leur disposition, les Cascades, pour partager le pouvoir.
Le gouvernement,
les rébellions du Mouvement de Libération du Congo
(MLC) et du Rassemblement Congolais pour la Démocratie
/ Mouvement de Libération (RCD/ML), la société
civile / Forces vives et quelques partis politiques vont signer
ce qu’ils appelleront « l’Accord Cadre »
de Sun City. Au terme duquel M. Joseph Kabila demeure le président
de la République et M. Jean Pierre Bemba est désigné
comme Premier ministre, le Parlement est « offert »
au RCD, Rassemblement Congolais pour le Démocratie.
Sir Ketumile
Masire, le président Thabo Mbeki, la rébellion du
RCD, et les autres partis politiques comme l’Union pour
la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) sont courtcircuités.
D’autres
voient derrière ce coup de force la main de la Belgique
qui cherche à placer les anciens mobutistes vivant chez
elle et devenus encombrants.
La France,
qui ne digère pas l’influence grandissante anglo-saxonne
dans la région des Grands lacs africains, est aussi accusée.
Les signataires
de l’accord de Sun City, qui se targueront de constituer
« le camp de la patrie », vont se donner un nouveau
rendez-vous à Matadi, au pays, pour finaliser le projet
de la constitution de la transition. Pendant que JP Bemba est
appelé à amorcer les consultations en vue de constituer
son gouvernement, attendu pour le 30 juin 2002, jour anniversaire
de l’indépendance du Congo.Entre
temps, les non signataires se réunissent cinq jours plus
tard, soit le 22 avril 2002, toujours à Sun City, pour
créer, avec le parrainage du président sud-africain,
« l’Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue (ASD)
».
Troisième
étape
Une diplomatie
tous azimuts est aussitôt déclenchée par cette
nouvelle plate-forme, tant au pays, dans la région de la
SADC, en Occident, qu’auprès de l’UA et de
l’ONU.
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Une mutinerie
éclate à Kisangani, les 13 et 14 mai 2002 au sein
de l’armée du RCD. Une partie des officiers de
la rébellion tentent de renverser le pouvoir en place,
et se rallier au pouvoir de Kinshasa. Des appels de haine tribale
lancés sur les ondes de la radio locale jettent la population
dans la rue.
Goma, siège
du RCD, réagit brutalement en envoyant des renforts à
Kisangani. S’en suivront des sanglantes représailles
contre les jeunes gens des quartiers chauds de la ville, et
les officiers suspects. Le bilan est lourd. Les organisations
de défense des droits de l’homme parlent de 200
à 500 morts. Le RCD donne le bilan de « 21 morts
seulement » .
Sur le plan politique
par contre, le RCD est réconforté par la victoire
de l’ASD
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Moustafa
Niasse se battra alors contre vents et marées pour remettre
la machine sur les rails. Coup de châpeau |
Les travaux
de Matadi se noient dans les eaux du fleuve Congo. Une discorde éclate
entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba sur la nomination par un décret
présidentiel du Premier ministre et sur la sécurité
de Bemba dans la capitale. Devant ce rideau opaque obscurcissant l’avenir
de la RDCongo, le secrétaire général de l’ONU,
Kofi Annan, décide de nommer début juin 2002 un «
Envoyé spécial du secrétaire général
de l’ONU pour le Dialogue Intercongolais ».
Prenant aussitôt
ses services, l’ancien Premier ministre sénégalais,
M. Moustapha Niasse, se rendra tour à tour à Kinshasa,
à Matadi, à Gbadolité, à Beni et à
Goma.
La signature,
le 30 juillet à Pretoria, d’un accord entre le président
Kabila et Kagame, et celle à Lusaka le 30 août entre
le même Kabila et le président Museveni, vont décrisper
le climat de tension qui règne entre leurs trois pays depuis
quatre ans.
Le retrait éclair
des troupes rwandaises et du gros des troupes ougandaises présentes
en RDCongo va accroître encore plus cette décrispation.
Ce qui va certainement
influer positivement sur la remise en route du processus de paix au
pays par les différents acteurs appelés à trouver
des solutions à la dimension interne de la crise congolaise.
M. Moustapha Niasse
se battra alors, contre vents et marées, pour remettre en selle
les négociations interrompues à Sun City. La présidence
sud-africaine l’épaulera d’ailleurs efficacement
dans ce travail. Une autre méthodologie est adoptée.
Des consultations
séparées avec chaque composante invitée à
Pretoria autour des propositions concrètes de partage du pouvoir.
Les points de convergence ayant été relevés,
les discussions sont finalement engagées le 9 décembre
2002 sur les points de divergence, chaque composante déterminant
librement les concessions à faire à l’adversaire.
En dépit
des dernières réticences de part et d’autre, un
plan d’ensemble est dégagé et adopté par
toutes les composantes le 17 décembre 2002. Enfin, «
l’Accord global et inclusif » est obtenu, censé
conduire le pays à la transition.
En gros, cet accord
prévoit la cessation des hostilités, la réunification
du pays et de l’armée, la réconciliation nationales
et une gestion collégiale des affaires à tous les niveaux.
Les quelques points de divergence qui subsistent encore sont censés
être aplanis par le gouvernement d’union nationale qui
aura à gérer la transition de 2 à 3 ans.
Placide Senghi-Senghi
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Mensuel d'information et d'analyse
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Ligue des droits de la personne humaine dans la région des Grands
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Directeur des publications
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Rédacteur en chef
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Réverien Interayamahanga
Correspondant régionaux
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(Nord Kivu)
Bangwene Aziza
(Sud Kivu)
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(Burundi)
Maquette
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