Amani - N° 41 -42
Chiffres clés:

  • Superficie: 2.342.000 Km2 Population: 40 millions d'habitants, 4ème pays le plus peuplé d'Afrique
  • PIB: 8 miliards de dollars (Secteur formel)
  • Revenu par habitant: 160 dollars
  • Dette extérieure: 13,4 milliards de dollars dont 3,6 milliards à court terme
  • Ressources minières: les plus abondantes et les plus divérsifiées du continent (or, cuivre, diamant, zinc, manganèse, uranium, cobalt, coltan, et autres métaux rares, hydrocarbures

(Estimations de la banque mondiale)

Dinausores et jeunes turcs confondus. Les premiers moyennement instruits, ont conduit le pays à la première transition de facto, jusqu'à créer un royaume d'opérette au Kasaï. Les seconds bardés de diplômes supérieurs, sont allés jusqu'à aliéner la souveraineté de leur nation aux pays voisins. Entre les deux générations, la différence est d'un souffle. Aux premiers indulgence. Aux seconds le bonnet d'âne

BILLET

La bête et le venin

Le paradoxe congolais, c’est que les nouveaux acteurs politiques, en dépit ou à cause de leur niveau aujourd’hui élevé d’instruction, n’ont pas changé d’un iota dans la manière de penser et de faire « à la congolaise ». Dans leur chef se retrouve toujours éveillé le même phénotype caractérisant les animateurs politiques des années soixante « moyennement » instruits, alors que ces derniers agissaient, malgré eux, en parfaits amateurs dans un domaine qui leur était totalement inconnu. Tant sur le plan théorique que pratique. Octroyée à la va-vite par la Belgique sous la pression du nationalisme congolais naissant et bouillonnant, la souveraineté nationale, à ses premiers pas, devrait nolens volens être gérée par des Congolais eux-mêmes.

Les effets conjugués de cet amateurisme politique évident et des ambitions disproportionnées des uns et des autres conduisirent le pays à un véritable drame qu’on a d’ailleurs vite qualifié de « congolisation ». Terminologie sœur de « balkanisation ». Déchiré jusqu’à ses tréfonds par des luttes intestines et de leadership, le Congo vola en éclats, en une partition vulgaire de facto : trois républiques et un royaume d’opérette1. Au propre comme au figuré, ce fut la foire et le cirque.

Ainsi, face au bourbier congolais, nombre d’ouvrages et de journaux ont-ils consacré des pages au vitriol mettant en avant l’impréparation, notamment dans l’absence de formation des cadres avant l’octroi de l’indépendance par la Belgique.

Aujourd’hui, quarante ans après, cette thèse s’est effondrée d’elle-même, en douce, devant la nuée des « professeurs », du reste de qualité scientifique incontestable, ayant occupé le devant de la scène politique durant trois décennies. Au désordre politique – malgré la présence de la société savante au gouvernail de tous les postes de responsabilité –, succédera la propension au désordre économique jusqu’à la faillite totale de l’Etat. Naturellement, le régime dictatorial de Mobutu fut mis en cause, constituant ainsi pour l’élite un beau prétexte de justifier autrement sa complicité tacite mais fort intéressée dans le pillage et la destruction du pays.

Seulement voilà, « morte la bête, vive le venin », dirions-nous simplement, car fécondé par la même guerre d’ego que jadis, ce paradoxe reste une constante. Et la gravité, aujourd’hui plus qu’hier, est telle que la RDCongo morcelée est devenue, presque, propriété de pays voisins sous le couvert d’alliances militaires avec des rébellions de tout bord. Alors que la première génération des politiciens est éteinte, la dictature de Mobutu emportée par l’ « ouragan de l’histoire » et celle de Kabila-père, éphémère, étouffée dans l’œuf, la RDCongo continue toujours de siéger sous la même bannière comme à l’aube des années soixante, à savoir l’inconscience politique couplée de l’attrait irrésistible des intérêts égoïstes dans le chef de la classe dirigeante.

Le peuple ? « Connais pas, mais c’est un pont… en or ! », se disent tranquillement les lauréats d’alma mater vautrés dans leur abondance mal acquise.

Enfin, si l’Accord de Lusaka est resté lettre morte, si Gaborone et Sun City se sont révélés partiellement improductifs et si Pretoria constitue un « doute méthodique », quant à son aboutissement heureux, à court terme, la comparaison est tragiquement bien établie. Entre les « moyennement » instruits d’hier et la société savante d’aujourd’hui, il n’y a qu’un souffle qui les sépare : le « mythe de diplômes ». Sans plus ni moins. Ainsi, la bête est-elle peut-être morte, mais le venin continue son ravage. Et la RDCongo, en tant qu’entité, demeurera pour longtemps une chimère. A moins que la magie de diplômes joue autrement le jeu…

Mais avant cela, il faudra coûte que coûte extirper le mal – le venin – par un jugement exemplaire à l’égard de tous les criminels politiques et économiques quels qu’ils soient. Fort heureusement, toutes les parties engagées au Dialogue intercongolais en on retenu l’idée, en proposant la création d’un Tribunal pénal international pour la RDCongo (TPIC).

Jean-Jules Lema Landu

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