Amani, N° 41-42 janvier - février  2003

Editorial

   

 

Les signes des temps

 

Jean Jules Lema Landu

 

Pour enfin apercevoir le soleil bienfaisant, un coin du voile, à partir de 2003, se sera-t-il levé à travers le processus de paix déclenché dans la sous-région des Grands Lacs ?

Nous serions tenté, de prime abord, d’y répondre à la normande. Tant, à cet égard, les incertitudes n’autorisent guère à se nourrir d’un optimisme béat.  Mais qu’on le veuille ou non, les temps ont changé – ils vont encore changer davantage – et, partant, les acteurs politiques, conscients de ce changement, ne manqueront pas de s’y faire.  D’une manière ou d’une autre.

Dans sa dernière livraison, AMANI s’est fait le devoir de consacrer plusieurs pages sous la rubrique intitulée « signes des temps ».  Nous voulions simplement, dans cette vision, associer à l’idée le symbolisme africain dans lequel les signes sont signe de vie.  « Le passé, le présent et le futur sont dans les signes », proclame la sagesse africaine.  Et la science n’est pas pour le démentir quand elle affirme, pour sa part, que les signes, faisant partie intégrante de la gestuation, constituent une des formes non verbales de  la communication sociale.

  Quels sont donc ces signes ?  Et quelle est la portée, le cas échéant, de leur message ?

  Le premier trait qui caractérise aujourd’hui la sous-région des Grands Lacs repose essentiellement sur la guerre du Congo, avec des ramifications au Burundi, les Rwanda et l’Ouganda ayant été ses deux mamelles.  A des degrés divers, cette guerre continue de s’allumer, mais tout en faisant face actuellement à une série de contre-feux mis en place par des protocoles d’accord de paix – imparfaits soient-ils.

  De ces signes, en dépit des paradoxes qui les accompagnent, retenons quelques faits essentiels.

    La RDCongo.  Considérée comme l’épicentre du conflit, la RDCongo est aujourd’hui dotée d’un accord de paix : l’Accord de Pretoria.  Celui-ci autant que le retrait des forces étrangères du périmètre de son territoire donnent l’effet de tranquillisant, en attendant des curatifs. Il est vrai que la formation d’un gouvernement transitoire d’union nationale devant conduire le pays aux élections marque le pas, mais un tel flottement n’affecte pas, forcément, le fond de la question.

  De toute évidence, l’Accord de Pretoria va son bonhomme de chemin, en ligne droite vers le but, malgré les  quelques dernières pierres d’achoppement rencontrées encore sur son parcours. C’est un signe positif.

 2° Le Burundi.  Empêtré, depuis plus de neuf ans, dans une guerre interethnique sans concessions majeures ni honnêtes de la part des belligérants, le Burundi évolue aujourd’hui à côté de l’Accord d’Arusha.

Celui-ci ne manque pas, cependant, de mérite sur toute la ligne.  Il a conduit à un accord de cessez-le-feu quand bien même celui-ci reste fragile …  Que rien c’est un pas qui ouvre déjà la voie, très prochainement, à l’interposition sur le terrain des troupes de l’Onu.  C’est un signe prometteur.

3° Le Rwanda.  Les leçons après le génocide ont imposé le processus de démocratisation auquel le pays des Mille Collines s’engage aujourd’hui. L’année 2003 s’y ouvre, à la fois, avec des espoirs et des incertitudes.  Pourvu que l’acte, au premier abord, soit posé.  Car, la démocratie ne se décrète pas, elle s’apprend, plutôt.  C’est un signe des temps.

  Or, les signes se fondent sur une réalité.  Celle-ci peut être porteuse d’espoir ou chargée de prémonition.  C’est selon.

  Cependant, le message qui se dégage de « nos » signes, à nous, dans la sous-région des Grands Lacs, penche plutôt vers l’espoir d’une sortie globale de crise. La conférence pour les Grands Lacs proposée par la France est la bienvenue …à titre seulement d’adjuvant quand la base interne sera déjà bien ancrée.

  Pour autant qu’on puisse le conjecturer, la mise en place d’un gouvernement de transition responsable à Kinshasa, l’interposition des forces onusiénnes entre belligérants au Burundi et le mise en œuvre d’une démocratie au Rwanda, critiquable soit-elle à un degré ou à un autre, auront le don de constituer le prélude du retour à la paix dans l’ensemble de la sous-région des Grands Lacs. Pourvu que les trois chefs d’Etat ne faisaient leur leitmotiv et … s y accomodent !

   

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